2 déc. 2008

Un bon mot

De l'importance de trouver un excellent titre (et la démonstration que ça n'est pas toujours facile)

“On s’en fout, c’est juste du wording.”1 Dans le développement web, c’est une phrase que j’entends souvent et que, je le confesse ici, j’ai dû moi-même prononcer. Outre la double obscénité que réprésente l’anglicisme et la vulgarité (qui n’est pas l’objet de ce billet), cette remarque marque le désintérêt dans le développement pour les mots employés.

Si elle a, évidemment, sa justification technique (les textes utilisés sur un site sont les éléments les plus facilement modifiables), elle représente bien le plan auquel l’écrit est relégué. Je ne parle pas de grammaire ou d’orthographe — saluons déjà la témérité de ceux qui sont partis pour faire un site en français, là où des fautes sont si facilement faites2 —. Je parle en particulier du choix des mots.

Porter une attention particulière à la rédaction des intitulés permet d’étendre leurs fonctions : ils ne deviennent plus seulement informatifs mais aussi des vecteurs de communication.

Ajouter de la communication à l’information

À titre d’exemple, le site Last.fm et le plus confidentiel Google.com ont tous les deux condensé leurs identités dans un titre de bouton. L’exemple du premier est si marquant que je vous le retranscrit de mémoire alors qu’il n’est plus en ligne depuis quelques mois [edit. : Si, en fait. Merci Camous]  : pour changer la couleur de fond (noir et rouge), l’utilisateur avait le choix entre “Paint it Black” et “Simply Red”. Quelques secondes suffisaient pour comprendre qu’il s’agissait d’un site de musique, qui aime la musique et qui ne parle que de musique. Mieux qu’un slogan, une preuve par l’exemple.
De la même manière, le slogan de Google (un truc avec la recherche, je ne sais plus quoi) ne sera jamais aussi puissant que leur bouton “I’m feeling lucky” (ou “J’ai de la chance”) : 4 mots qui font oublier les bases de données de centaines de milliards de résultats, les AdWords, la confidentialité des données, l’empire tentaculaire… La société n’est plus que “cool”.

Les sociétés font des efforts considérables pour être cool et faire oublier les costumes sombres qui les composent. Mais qu’est-ce qui aurait le plus d’effet :

  • une campagne pour Windows dans laquel des gens disent “Windows c’est cool” ou bien le bouton “Démarrer” renommé “C’est parti, je suis chaud” (écrit en plus petit, du coup) ?
  • des bannières “iTunes aime les jeunes et leur musique” (avec des adolescents qui dansent, cela va sans dire) ou bien la “Bibliothèque” renommée “Ton gros son”.

Évidemment, toutes les applications (web ou non) ne cherchent pas à créer une telle proximité avec leur utilisateur ; le sérieux et le conformisme sont des valeurs que l’on peut vouloir communiquer. Le tout est de se poser la question — comme on le ferait avant de choisir une couleur ou une autre — avec, au final, l’espoir d’ajouter un supplément d’âme à ses boutons.

“Les titres de champs d’un formulaire sont le miroir de l’âme.” 

Dans Nooxt, j’ai un objectif particulier qui est de privilégier les phrases complètes ; concrètement, dire “Kevin et Brian viennent sans doute. Brandy ne vient pas.” plutôt que “Kevin, Brian : peut-être. Brandy : non”.3 Je sacrifie de la concision mais la phrase, l’accord et les majuscules rendent la communication moins mécanique.

C’est un choix discutable, que tout le monde n’aurait pas fait mais auquel je tiens : en cela, on me lit à travers ces textes. Voilà l’âme cachée derrière le site ! Dans ces mots, plus que n’importe où ailleurs.  

1. Le wording, c’est l’ensemble des termes utilisés sur un site pour les noms des rubriques, les titres de bouton, les intitulés de champs, etc.
2. Voilà, je peux faire des fautes sur mon blog comme ça.
3. Les prénoms sont inventés, Dieu merci.

3 commentaires

  1. camous, 2 décembre 2008

    De très bonnes remarques auxquelles je n’aurais même pas pensé. Pour info, la sélection du thème sous Last.fm est toujours symbolisé par “Paint it black” ou “Simply red”, juste sous son login en haut à droite.

  2. Mod, 2 décembre 2008

    “L’espoir d’ajouter un supplément d’âme à ses boutons”… tu parles de la puberté?

  3. Victor, 2 décembre 2008

    Je savais que quelqu’un allait faire quelque chose de la polysémie du mot “bouton”. Tu ne m’as pas déçu, Mod !

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